Newsletter de INVCI

automne 2011

Mercredi 5 octobre 2011, par Françoise Berry // La CNV dans le monde

La lettre complète en anglais et les photos sont ici http://invci.com/fall-2011

Nous sommes heureux d’annoncer notre prochaine convention de CNV à Gopalpur, Orissa du 16 au 20 janvier 2012. Nous vous donnerons plus d’informations bientôt….

Hommage à une formatrice bienaimée, Nada L’aura

Nous partageons avec beaucoup de peine la disparition de Nada Ignatovich-Savic de Serbie, le 19 juillet 2011. Et à la fois, nous voulons ajouter à ce deuil une célébration de son nouveau voyage parmi les anges dont elle parlait souvent. Nada a touché des milliers de vies par sa présence, son charisme et son humour.

Nada a été une des premières formatrices à apporter la CNV en Inde, quand elle a participé à la formation Intensive avec Marshall Rosenberg en 2004 à Bangalore. Elle a aussi partagé la CNV à Auroville au cours de ce même voyage. Plus tard, quand elle a entendu parler du séminaire « CNV et changement social » à Rishikesh en décembre 2008, elle a été enthousiaste de contribuer une fois de plus. Nous nous souviendrons d’elle et de son amour pour la vie, avec tendresse.

Le soutien et la guidance de Charlotte Saleem

Nous nous sentons très privilégiés d’établir un lien fort avec Charlotte Duprez, formatrice française qui travaille aussi à l’ile de la Réunion dans l’océan indien. En tant qu’organisation naissante, nous avons besoin de peaufiner nos talents d’organisation, au fur et à mesure que nous rencontrons de plus en plus de challenges liés à notre croissance….

L’expérience de Charlotte en Gouvernance Intégrale, et son intégration d’outils comme la Sociocratie et l’Holacratie sont des atouts d’une valeur inestimable pour notre équipe. Comme nous sommes en permanence au cœur des événements, il est précieux pour nous de bénéficier de son coaching pour maintenir notre attention sur l’objectif de notre organisation, image plus large et plus grande.

Nous apprécions grandement sa douceur, son engagement et sa présence et espérons continuer notre apprentissage continu avec elle pour nourrir les nombreux besoins de INVCI et pour mieux servir notre réseau. Merci Charlotte !

Je célèbre d’avoir été certifiée L’aura

Ca y est, je l’ai fait ! En mars, après 3 ans ½ à étudier, partager et à faire de mon mieux pour intégrer cette nouvelle conscience dans ma vie quotidienne, j’ai été invitée et encouragée par ma marraine, Gian Lawrie, à faire les derniers pas vers la certification. Avec 5 autres candidats, et 3 parrains, nous avons co-créé un événement de 3 jours pour célébrer notre parcours ensemble, échanger des retours constructifs et partager nos visions du changement social. Cela ressemblait à une initiation, être accueillie dans une équipe internationale de formateurs certifiés. Ce qui a eu le plus de sens pour moi a été l’impression de compléter un cycle… Bien que j’ai participé à des formations dans de nombreux pays, avec de nombreux formateurs internationaux, ma toute première formation en CNV était avec Aniruddha, formateur certifié de Pune. Je me rappelle m’être sentie comme si enfin je « rentrais à la maison » et je ressens encore de la gratitude quand je me souviens de ces premiers jours… Et maintenant je « rentre à la maison » une fois de plus, en m’engageant à partager la CNV et à contribuer au changement social dans mon pays de naissance, l’Inde.

Tour d’été L’aura

Durant ma dernière évaluation, un de mes engagements clairs et de mes axes de développement était de commencer à ma connecter et à former la communauté indienne de CNV d’une manière plus large, et aller au-delà de ma zone de confort (offrir des formations à Auroville, à la maison). Cette intention a pu se réaliser car j’ai reçu plusieurs demandes auxquelles j’ai été capable de dire joyeusement « oui ».

En juin Karmavajra et Vilas Chavan m’ont invité à donner des formations à Dapodi, Pune, où de nombreux pratiquants de la CNV ont déjà travaillé ces dernières années avec les formateurs Aniruddha et Kumarjeev (qui a depuis renoncé à son titre officiel de formateur certifié).

Puis Priti Singh m’a invite à donner des formations au centre Bouddhiste Dhammadeena, le nouveau centre pour femmes qu’elle installe en dehors de Lonavala.

Plus tard, j’ai été invité par Dr KK Jayan à donner des formations à Bharat Petroleum à Kochi. C’était une vraie joie de me connecter à des cœurs humains dans des réalités tellement différentes à quelques jours d’intervalle !

En juillet, Mili m’a invitée à offrir un stage d’introduction à la CNV à Dehli, suivi par une session intensive de Pistes de danse que Meenu Nageshwaran et Sudha Shankar ont organisé au centre Padma.

Et finalement, Moonstar et Shammi m’ont invitée à Parshada, leur projet de communauté expérimentale à Chandigarh.

La voie des participants

Dansant tout le long du chemin Sydha Shankar

Curieusement, je n’ai eu aucune hésitation quant à ma participation au stage de base de CNV pour la troisième fois en deux ans. Quand L’aura a demandé à tous les participants quels étaient leurs axes de développement, je me suis retrouvée avec à peu près la même réponse que, peut-être, il y a un an ou plus. Je me débats dans deux domaines. Mon premier challenge est comment observer sans que mes observations soient colorées par les histoires qui s’y attachent dans ma tête, à la vitesse de l’éclair ? Est-ce que j’atteindrai un jour un espace où je peux regarder des situations, des événements ou des personnes à travers un « œil de caméra » ? L’observation est le premier pas du processus CNV … et cela semble être mon talon d’Achille pour le moment. D’où mon besoin de reprendre les bases de la CNV !

Tout près derrière est mon second axe de développement – mon découragement à essayer de rallonger le temps entre le stimulus et ma réponse. J’espérais que le stage de base pourrait m’aider à renforcer mes outils et mes capacités, la connaissance et la sagesse de RALENTIR d’une manière ou d’une autre et de ne pas réagir aussi vite. A certaines moments, tout ce que je sais semble s’envoler et je me retrouve avec mon mode de réponse habituel, défensif, agressif. Et bien sûr tous mes chacals dressent la tête !

Quand je repense aux deux jours de formation de base que L’aura a menés, je suis frappée par son rythme calme et son désir de suivre les besoins du groupe. Elle a tissé les bases de la CNV avec tout ce qui se présentait dans le groupe. Gagnant-gagnant, pouvoir sur, sous et avec, les pas de la CNV, la girafe et le chacal, les 4 choix de communication, écouter son chacal intérieur, reconnaître que le chacal a aussi un cœur, les besoins nourri ou pas, l’intention – tout cela et plus a été abordé.

Nous nous sommes aussi amusés avec un exercice sur ce que l’empathie n’est pas… ce n’est pas : donner des conseils, être en sympathie, raconter des histoires, moraliser, etc. Souvent nos rires étaient penauds et teintés d’embarras parce que tous, il nous arrive de glisser dans ces modes. Une des choses que j’ai réalisée, est que mes sentiments changent d’un moment à l’autre. Je suis arrivée fatiguée, et pourtant, quand j’ai vérifié quels étaient mes sentiments et mes besoins, quelques chose de totalement différent a émergé.

Il a aussi été important pour moi de réaliser que si je veux être dans un espace où je peux percevoir sans jugement et recevoir honnêtement, j’ai besoin de continuer à travailler sur toutes les valises que je porte, et ce sera le travail d’une vie ! Tout cela n’est pas à propos de « l’autre » ; c’est à propos de mon intention et de mon attention. Quand ce stage de base a été fini, j’étais impatiente d’arriver au prochain week-end et au stage de pistes de danse.

Quand nous avons commencé, je me demandais comment le stage allait marcher. Au fur et à mesure que s’approchait le moment pour moi de marcher sur les cartes de sentiments et besoin, et de m’exprimer, je sentais l’inquiétude monter. Comment je choisis de vivre ces 3 jours ? En me cachant ? En étant authentique ? Ceux qui avaient partagé avant moi l’avaient fait de manière légère et pleine d’espoir. Est-ce que je devais être un trouble –fête et être sérieuse ? Je suis si contente maintenant d’avoir fait le choix d’être authentique et d’exprimer exactement comment je me sentais. Cela a donné le ton pour le reste de mon temps. L’espace est devenu particulier. Les connections étaient particulières. Pour moi, le changement a été très particulier. Quelque chose a basculé au fur et à mesure que j’osais m’ouvrir à mes camarades girafes à propos d’importantes relations intimes. J’ai été encouragée à ne pas rester sur les explications classiques et à creuser « plus profond… il y a autre chose ». Et j’ai osé prendre le risque. Osé être vulnérable. Je me suis fait une demande et avant que la soirée soit terminée j’ai fait ce que j’avais dit.

J’étais, et je suis encore, remplie d’une immense gratitude pour les choix que j’ai fait en autorisant la CNV à entrer dans ma vie. Je l’appelle la grâce. Je salue ceux qui ont partagé leur douleur au grand groupe. J’ai observé et célébré les transformations fascinantes chez certaines de mes camarades girafes au fur et à mesure qu’elles gagnaient en connaissance et en compréhension de problèmes/blessures/cicatrices vieilles de dizaines d’années. J’ai vu une légèreté, une luminosité, un calme et un centrage, au fur et à mesure que les participants partageaient leurs expériences, sentiments et besoins en petits groupes et au grand groupe.

La volonté du groupe était maître, pendant que L’aura nous emmenait à travers une journée d’auto-empathie, une journée de conflit intérieur et le dernier jour de conflit intérieur/extérieur. Il y a eu de nombreuses possibilités d’apprendre : « transformer la douleur du besoin non nourri » « l’éducateur choisisseur », les pistes de danse « oui-non », un processus de « médiateur intérieur » avec 4 chaises, et des jeux de rôle. Quel régal ces pistes de danse. Et si, si puissantes ! Nous avons conclu avec un exercice spontané pour affirmer nos connexions, sachant qu’il y a tant à apprendre et que la seule façon est de vivre la CNV à travers la pratique, la pratique et la pratique.

Comment la CNV m’a rendu ma puissance Anita Dagar

J’ai choisi de participer au stage de L’aura à Dehli parce que j’ai compris (par une courte présentation de 2 heures à Luckno) que c’était un bon outil pour aller vers les autres et développer et établir une communication cœur à cœur avec un sentiment d’accomplissement. J’ai habité Mumbai ces 15 dernières années, et je manquais de vie communautaire, et j’ai comrpis que la CNV pourrait me permettre de créer cela. J’étais très excitée de faire partie de ce stage.

La première question que L’aura a posée aux participants a été de dire notre intention en venant à ce stage. J’étais très claire et confiante dans mon intention, je l’ai écrite (utiliser la CNV comme outil pour créer une communauté) et alors que je le partageais dans mon petit groupe, je sentais quelque chose à l’intérieur comme si un rideau avait été tiré et dévoilait quelque chose caché très loin et j’essayais d’identifier ce que c’était. A ce moment j’ai réalisé que j’étais dans un stage de CNV pour me connecter avec moi-même et tout d’un coup j’ai vu un champ de blessures ouvert devant moi, demandant à être soignées. Tout d’un coup je me suis sentie envahie d’émotions. Des larmes perlaient au bord de mes yeux. Les participants s’ouvraient et partageaient leurs intentions dehors, alors que je m’ouvrais à moi-même à l’intérieur. Ca a été une lutte permanente de rester présente à ce qu’il se passait à l’extérieur, alors que j’essayais tout du long de comprendre ce que j’avais envie de me dire. Et cela a continué jusqu’à la fin du stage. Je n’étais pas sûre d’avoir appris suffisamment, mais ma libération est intervenue quand L’aura a fait un jeu de rôle avec moi après la fin du stage. C’était très révélateur, et je suis partie avec de l’espoir et de nouveaux sentiments découverts à l’intérieur.

Le lendemain matin, après mon retour à la maison, mon mari et moi discutions devant une tasse de thé. Tout d’un coup, je me suis aperçue que je ne réagissais pas à ses arguments, et qu’au contraire j’essayais de comprendre ses besoins. Je l’écoutais attentivement, et cela n’a pas dégénéré en dispute comme dans le passé. C’était si magique ! Et je n’avais pas besoin de me creuser la tête ou faire quoi que ce soit d’herculéen – nous étions là tous les deux, si paisibles et parlant l’un à l’autre. Je me sentais si puissante – wow ! Je pouvais avoir la paix, une attitude positive, et une communication pleine de sens dans ma propre maison. Et en plus je pouvais tenir les rênes.

Puis arriva la situation la plus éprouvante –être avec mes chères filles de 11 et 7 ans. Jusqu’à présent, j’avais interprété tous leurs actes comme « une exigence et un défi qu’elles m’envoient parce qu’elles ne veulent pas que j’ai ma propre vie ». Cette fois ci je me suis aperçue que mon regard avait changé. J’ai essayé de trouver le besoin qu’elles voulaient que je les aide à nourrir. Alors j’ai commencé à utiliser des mots comme « sentiment et besoin » et « c’est pourquoi tu agis ainsi ». Et cela a fini par « alors voudrais-tu que Papa ou Didi ou moi nous fassions… ? Peux-tu ajouter un « s’il te plait » et leur demander ?

En aidant Eshwaree et Dhanya à comprendre leurs sentiments et leurs besoins, j’ai commencé moi aussi à comprendre et je ne sentais plus autant de colère envers elles. Je me sentais en paix avec moi-même, ce qui me permettait d’avoir l’énergie et l’état d’esprit pour les aider. J’avais souvent vu mes filles commencer des disputes, et cette fois-ci quand c’est arrivé, j’ai fait un jeu de rôles avec la plus âgée.

Une chose que je retiens de la CNV est la conscience permanente de ce qu’il se passe à l’intérieur… Est-ce que j’ai les oreilles chacal, tournées vers l’intérieur ou l’extérieur ? Si oui, j’ai le choix de basculer vers les oreilles girafe, tournées vers l’intérieur ou l’extérieur. Bien que je perçoive mon ego « agissant comme une canaille de diverses manières », mes besoins de paix prennent le dessus. Du coup je ne suis plus en train de crier autant, et mes réactions ont diminué. J’ai réduit mes critiques et mes jugements. J’essaye de comprendre et d’identifier les besoins de l’autre personne. Et si je n’en suis pas capable, je ne crie pas, je communique mon besoin de paix et je sors de la situation. En ayant cette conscience, je me libère de tellement de pensées et d’attentes, et je trouve facile de faire la même chose pour l’autre personne. Je me sens plus responsable de mes besoins, et je m’aperçois que j’écoute plus attentivement mon mari et mes enfants, mes amis et même ma femme de ménage.

La CNV vient comme une baguette magique qui m’a donné la puissance d’être toujours consciente pour répondre à moi et aux autres dans le sens que je souhaite et que je choisis. Je peux être moi-même et communiquer avec les autres d’une manière qui enrichit ma vie et celle des autres.

La Communication NonViolente dans ma vie Shammi Nanda

Depuis des années, j’ai développé des pratiques de vie « écologique ». A certains moments, cela voulait dire des choix radicaux à différents niveaux. Dernièrement j’ai commencé à comprendre que bien que je parle de choses non conventionnelles – mes choix de nourriture saine, d’agriculture naturelle, de soins, de non scolarisation, etc – mon langage, mes façons de m’exprimer et de voir les autres continuaient à être conventionnelles. Il semblait y avoir beaucoup de pensées « qui a tort qui a raison » qui causaient de la négativité, voire de la violence, en moi.

Par exemple, j’étais bénévole au « Film Institute » et je leur ai servi de la nourriture saine et biologique pendant 2 ans. Alors que certains appréciaient les changements que j’essayais d’apporter, d’autres ne semblaient pas très heureux de mes contributions. Un jour des étudiants ont lancé une pétition et ont convoqué une réunion pour exprimer leur point de vue : que j’arrête de m’occuper de la cantine.

Cette situation m’a causé beaucoup de douleur et de stress, qui s’est manifestée dans mon corps par de l’asthme. J’ai décidé de voyager quelques temps pour mettre de la distance avec le « Film Institute ». Mais quand je suis revenu 2 mois plus tard, tous les mauvais souvenirs sont remontés et j’ai réalisé que j’avais juste mis mes sentiments sous le tapis, plutôt que de les résoudre.

A travers la CNV, j’ai réalisé que nous ne voyions pas les besoins et les sentiments les uns des autres, et c’est ce que j’appelle aujourd’hui un manque de communication. Nous écoutions sans entendre. La CNV m’a offert la possibilité d’aller derrière ce que ces personnes disaient et faisaient – jusqu’à un besoin universel qu’ils essayent de nourrir. Je suis d’accord avec Gene Knudsen-Hoffman quand elle dit “un ennemi est quelqu’un dont tu ne connais pas l’histoire”. Je réalise que si nous avions eu une écoute empathique les uns des autres, il n’aurait pas été si difficile de trouver des solutions ou des stratégies acceptables par tout le monde.

Au lieu de m’exprimer de mon ancienne façon, j’ai appris quelque chose de différent dans mon stage de CNV. Dans un petit groupe, nous travaillions par paires, prenant une situation non résolue, et la jouant en jeu de rôle. J’ai d’abord partagé ma version puis je me suis mis à la place de la personne avec qui j’avais une situation non résolue et j’ai joué ce rôle, pendant que mon partenaire m’écoutait – sans donner de solution, de diagnostic ou d’interprétation – juste de temps en temps il reflétait mes sentiments et mes besoins.

Moi (en tant que moi) : l’autre jour, quelqu’un qui ne mangeait pas végétarien, voulait du plat végétarien. J’ai du refuser parce nous devons garder de quoi manger pour les végétariens. Et une grande partie du budget du repas du dimanche sert à acheter du poulet. Et cette personne s’est fâchée ! Partenaire CNV : est-ce que tu te sentais dérangée, parce que tu as besoin d’équité ? Moi : oui c’est à propos d’équité. Et un jour, la personne qui fait la vaisselle était absente. Nous avons mis une note demandant aux étudiants de laver leurs assiettes, mais un étudiant est parti sans laver. Je l’ai arrêté et lui ai demandé de laver son assiette. Je veux que les étudiants partagent le travail dans un cas comme celui là. Où est le problème de laver son assiette ? Partenaire CNV : es-tu en colère parce que tu as besoin de dignité ?

En étant entendue de cette façon pendant plusieurs rounds, j’ai commencé à me sentir plus calme et j’étais prêt à prendre la place des personnes que je voyais comme mes opposants, voire mes ennemis.

Moi (en tant que l’étudiant) ; Nous ne savons pas ce qui ne va pas avec Shammi. Pourquoi ne peut-il pas faire un chutney épicé avec sa nourriture saine ? On sait que certaines personnes aiment sa nourriture, mais certains d’entre nous ne l’aiment pas. Qui pense à nous ? Partenaire CNV : est-ce que tu te sens frustré, parce que tu veux être inclus ? Moi (en tant que l’étudiant) ; Oui ! C’est vraiment frustrant…. Nous ne sommes pas contre la nourriture saine, mais nous voulons aussi qu’elle ait du gout. Cette nourriture est bonne pour nos parents ou les malades, mais Shammi doit comprendre que nous pouvons la digérer, même si c’est épicé et gras. Partenaire CNV : tu es en colère et tu aimerais avoir le choix ? Moi (en tant que l’étudiant) ; Bien sûr ! C’est une question de choix ! L’autre jour j’ai demandé du plat végétarien avec le non végétarien et on me l’a refusé, point. Des fois on a envie de goûter ce qui est préparé pour les végétariens – pourquoi ils ne peuvent pas en faire un peu plus ? Nous voulons de la variété aussi. C’est si frustrant ! Nous n’avons rien contre lui, mais il doit nous écouter…. La cantine est la nôtre aussi, et nous avons des droits sur comment elle doit fonctionner. Partenaire CNV : tu sembles blessé ; tu as besoin de participation et de souplesse ?

Alors que je me mettais à la place de ces étudiants avec la conscience des sentiments et des besoins, j’ai compris qu’ils avaient besoin de choix et d’autonomie, alors que je voulais qu’ils acceptent mon équité. Ou alors, tandis qu’un autre étudiant avait besoin de liberté (en ne lavant pas son assiette), je voulais de l’ordre et un bon fonctionnement de la cantine. Pendant le processus, je me suis aperçu que ma haine et ma colère fondaient. En voyant les autres avec compassion, et en me donnant en même temps de l’empathie, j’ai réalisé que j’avais bougé au-delà de la douleur, vers la guérison. J’ai commencé à regarder la situation à travers de nouvelles lunettes où aucun de nous n’avait tort ou raison.

Je suis maintenant plus en contact avec les mots de Rumi : « au-delà des idées du bien et du mal, il y a un champ. Je vous attend là ». J’ai confiance maintenant que si j’avais vu la situation avec cette conscience, et que j’avais communiqué avec empathie, nous aurions pu trouver une solution qui aurait pris en compte plus de nos besoins à chacun. La solution n’aurait pas forcement été que je continue à m’occuper de la cantine ; si, après avoir compris et exprimé mes sentiments, j’avais senti que leurs choix et leurs demandes n’étaient pas en résonnance avec mes valeurs de santé et d’équité, j’aurais pu choisir de me désengager de la cantine, mais cette décision serait venue d’un endroit de connexion, plus vaste. J’aurais sans doute eu à faire le deuil que la cantine ne serve plus de nourriture biologique comme je le voudrais, et à la fois, je pourrais célébrer d’avoir une meilleur compréhension, une meilleure connexion et donc de me sentir plus en paix.

Comme avec le « Karma Yoga », en CNV aussi on pratique l’anasakti ou le « non attachement » au fruit et on peut continuer à travailler sur l’écoute approfondie – de soi et des autres, sans un regard pour la solution. La solution peut apparaître, mais comme un cadeau. Le plus important pour moi, après le processus que j’ai traversé, est que je suis plus en paix, et j’accepte ce qu’il s’est passé. Je ressens un sentiment de célébration, me voyant aller vers plus de compréhension, d’empathie et de connexion avec les personnes que j’avais considéré comme mes ennemis à un certain moment…

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